« 1 janvier 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 1], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6228e25, page consultée le 03 mai 2026.
Paris, 1er janvier [18]76, samedi matin, 8 h.
Si Dieu exauce mes vœux, comme je l’en prie et comme je l’espère, mon grand bien-aimé, rien ne manquera cette année à ta santé, à ta gloire et à ton bonheur ainsi qu’à la santé et au bonheur de tes chers petits-enfants que je bénis à travers toi que j’adore. À force de te désirer sous toutes les formes et en toute occasion j’ai commis une énorme bévue qui m’a toute consternée depuis que je m’en suis aperçue tout à l’heure. J’ai confondua ta chère petite lettre annuelle de jour de l’an avec la page anniversaire de ta naissance bénie que tu avais coutume de m’écrire sur mon livre rouge, ce qui me faisait deux bonheurs au lieu d’un à six semaines de distance. J’ai donc perdu par ma faute, si c’est une faute que de trop aimer, ma pauvre petite lettre d’Étrenne, ce qui m’est bien sensible aujourd’hui où je comptais être si heureuse par elle. Peut-être, si tu n’étais pas si accablé de travail et d’affaires de toutes sortes, auraisb-je eu la chance que tu me rendes ce que j’ai perdu si malheureusement. Mais je n’ose pas y compter et le seul parti que j’aie à prendre c’est de me résigner à mon sort au moins pour aujourd’hui. Je fais ce que je peux pour cela mais je suis triste, triste, triste de commencer l’année si mal. J’attends que tu viennes me consoler en me promettant de me rendre ma chère petite lettre au plus tôt. Jusque-là je regarde mon doux livre rouge que je vais relire tout entier tout à l’heure dès que je t’aurai gribouillé toute ma double restitus. Mme Charles doit aller au cimetière ce matin avec les enfants mais on ignore encore si elle reviendra déjeuner et si elle dînera ce soir. J’espère pour nous qu’elle ne nous privera pas du bonheur d’être en famille tout aujourd’hui et je t’adore de toute mon âme.
a « confondue ».
b « aurai ».
« 1 janvier 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 2], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d6228e25, page consultée le 03 mai 2026.
Paris, 1er janvier [18]76, samedi soir
Merci, merci mon grand, mon ineffable bien-aimé adoré, de m’avoir rendu ma chère petite lettre dont le retard m’a renduea si malheureuse toute la matinée. Merci, sois béni d’avoir converti ma douleur en joie et ma bévue en triomphe. Je suis si heureuse et si fière de mon bonheur que je ne m’aperçois pas que je suis épuisée de fatigue et que les jambes refusent de me porter ce soir. D’abord la maison n’a pas désemplib depuis que tu l’as quittée et les cartes de visitec ne cessent pas d’arriver par poignée de dix quinze vingt. Mme Charles m’a fait dire que les Gouziend dîneraient avec nous ce soir et j’ai dû faire faire une omelette de renfort pour satisfaire si c’est possible l’appétit superbe de ce même citoyen Gouzien. Je lui cède ma part dans tous les cas car je suis peu en train de manger ce soir. Je suis si heureuse d’avoir retrouvé ma chère petite lettre que je n’ai pas la moindre faim en ce moment. Peut-être retrouverai-je l’appétit en te voyant tout à l’heure mais jusque-là je vis de mon amour et pour mon amour sans pouvoir m’en rassasier. Je te souris, je te bénis, je t’adore sans solution de continuité.
a « rendu ».
b « désemplie ».
c « visites ».
d « Gouziens ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo, élu sénateur, préside l’Union républicaine (qui siège à l’extrême-gauche du Sénat).
- 30 janvierHugo est élu sénateur de la Seine.
- 4 aoûtHugo nommé président de l’Union républicaine (extrême-gauche du Sénat).
- 23 novembreMort de son frère Amand (né en 1803), dont Juliette a perdu la trace depuis leur séparation précoce à la mort de leur mère.
